Cuisiner pour des thaïs

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Même s’il est vrai que c’est sympa de nager le bras droit en l’air, enrobé dans du plastique alimentaire, j’ai trouvé mieux à  faire et suis reparti dans le Nord pour quelques jours. En lisant la suite, ceux qui suivent ce blog avec assiduité sauront très vite où je me trouve. Les autres, ben, je vous conseille de relire tous les articles depuis le début et vous souhaite bon courage !
Ayant un spécimen farang sous leur toit, la famille chez qui je me trouve, fut ravie et curieuse lorsque je leur proposa de faire le dîner ce soir. La fille répétant avec un grand sourire amusé : « You cook aan-yen ». Et oui, je prépare le dîner. La mère, je crois n’a réellement compris qu’en fin d’après-midi quand j’ai commencé à  me mettre aux fourneaux. Enfin, fourneaux, façon de parler car je n’ai à  ma disposition en tout et pour tout qu’un réchaud, un micro-ondes, pas de vrai four, un wok et une casserole avec couvercle. Ca limite pas mal les possibilités. Du coup, ce soir ce sera pasta ! Pas vraiment français mais j’ai dit que je cuisinerai aan farang ( cuisine occidentale ) pas aan farang-seet
Première étape après avoir constaté le désert du frigo ou trois cannettes de Pepsi se battent en duel avec 2 yaourts ( perso, je mise sur les canettes numériquement plus nombreuses et plus impressionnantes ), aller faire les courses. La référence en matière de grande surface ici c’est le grand C, pas un gourou, juste un supermarché. Le Big C, n’est pas très différent des enseignes françaises de par son agencement, la vraie différence, c’est que c’est un challenge de trouver les produits adéquates pour cuisiner à  l’occidentale dedans. Pas d’herbes de Provence, pas de parmesan. Maisil y a bien des pà¢tes, dans un tout petit présentoir très peu fourni mais il y en a. Ouf ! De l’huile d’olive aussi. J’ai donc les deux armes indispensables pour envahir les papilles thaïs avec mes pastas. Ca se présente pas si mal ! Pour le dessert, j’opte pour une improvisation à  base de yaourt, fruits et biscuits.
Il est 17h, c’est parti, je me transforme en Cyril Lignac, j’essaie même de prendre l’accent mais avec peu de succès et me lance dans la préparation du dessert. Je coupe les ananas et les fruits du dragon en dés, j’écrase au pilon des palmiers ( non, pas des vrais, les petits gateaux, rassurez-vous ) et mélange du yaourt nature avec du sucre. Dans le fond de 3 verres je dispose une couche d’ananas, puis du yaourt, une couche de fruits du dragon, puis re-yaourt et je finis par les gà¢teaux émiettés et quelques éclats d’ananas pour faire joli. Et hop au frigo ! Reste à  passer au plat principal et à  s’organiser avec la seule plaque de cuisson à  disposition. Je fais d’abord revenir au wok des tomates coupées en morceaux avec ce que j’ai trouvé et qui ressemble à  du persil mais au goà»t plus fort, plus proche des feuilles de céleri finalement, des oignons et une bonne poignée de poivre pillé histoire de m’adapter un peu à  l’amour des thaïlandais pour les plats relevés et ne pas leur proposer quelque chose de trop fade. Ce sera la sauce. Puis je coupe des morceaux de poulet que je jette toujours dans le wok huilé et olivé avec des champignons de Paris – oui, j’en ai trouvé, dingue ça ! – du poivron rouge et un tout petit bout de piment haché menu menu. Ce sera la garniture. Reste à  faire cuire les pà¢tes, à  repasser rapidement ma sauce et ma garniture au wok pour les réchauffer avant de passer à  table et les présenter dans des plats séparés pour permettre à  mes cobayes d’éventuellement faire l’impasse sur l’un ou l’autre au cas où ils n’aimeraient pas. Et hop, tout le monde à  table !
Forcément, j’angoisse un peu et guette les réactions. Ce sont surtout des rires et beaucoup de phrases ponctuées par d’autres rires. Je n’y comprends mot. Tik ( attention, gros indice pour savoir où je me trouve ) me dit aimer beaucoup ça mais me dépose régulièrement des fourchettées entières de son assiette dans la mienne. C’est vrai, qu’elle n’est pas une grande mangeuse et que les pà¢tes c’est bourratif, donc je ne tirerais pas de conclusion même si ce n’est pas très encourageant. Sa mère mange le tiers de son assiette avant de me regarder et de me répéter « im », ce qu’avec le geste qui l’accompagne, je comprends vouloir dire qu’elle n’a plus faim. Moi, j’aime beaucoup le goà»t de mon plat donc pour moi, j’ai rempli ma mission. Le reste est une affaire de goà»t. Le dessert déclenche un peu plus d’enthousiasme. Tik me disant même que je devrais les vendre. Et quand elle me demande le nom de ce met délicieux, je lui réponds: »Michael’s Yogurt ».
Je suis sceptique sur le fait que ma cuisine ait vraiment plu, au moins pour le plat de pà¢tes mais Tik m’a demandé de me charger du repas de demain soir, j’imagine que ça lui a finalement plu. A moins que ce soit la flemme de faire à  manger…