Quand la Thaïlande voit rouge

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Voila un mois que les chemises rouges ont lancé leur mouvement de protestation contre le gouvernement qui a été mis en place en 2008 après un vote parlementaire. Et un mois que j’observe ca avec une grande curiosité. Je trouve que ces périodes de troubles en disent beaucoup sur un pays. Pour les Red Shirts, le pouvoir en place n’est pas légitime car non issu des urnes, ils réclament donc sa dissolution et de nouvelles élections. Ce n’est pas la première fois que les partisans de l’ancien premier ministre en exil Thaksin descendent dans la rue. Ils avaient notamment bloqué l’aéroport de Bangkok pendant plus de 8 jours il y a plus d’un an et demi, empêchant ainsi des milliers de touristes de rentrer chez eux.
Leur souci premier a toujours été de lancer un mouvement pacifique émaillé d’actions symboliques. Ce qui ne les empêchent pas d’être très déterminés. Preuve s’il en est, cela fait plus de 4 semaines qu’ils sont 60 000 à  être mobilisés. Et pour attirer l’attention des médias et surtout de la presse étrangère, ils ont notamment, il y a quelques semaines collecter leur propre sang qu’ils sont ensuite allés verser devant le parlement. Un geste fort, une provocation certains diront, à  laquelle le premier ministre a répondu avec calme et mesure évitant comme depuis le début du conflit d’employer la force contre les manifestants. Acceptant même des négociations alors que la revendication première des partisans de Thaksin est sa démission suivie d’élections anticipées dans les 15 jours. Par souci d’apaisement ou plus peut-être persuadé qu’ils refuseraient, Vejjajiva leur proposera de les avancer à  décembre de cette année. Les « rouges » quittent la table des négociations. Le mouvement continue avec l’occupation de quartiers touristiques et notamment celui des grands magasins contraints de fermer leurs portes depuis une semaine maintenant. Le manque a gagner devient abyssal. Le bras de fer s’intensifie mais aucune des parties ne veut prendre la responsabilité d’être a l’origine du dérapage de ce mouvement jusque la non-violent.
Je me suis moi-même balade parmi les chemises rouges a Chit Lom, il y a une semaine, l’ambiance était très bonne enfant. Un homme déguisé grossièrement en femme avec chevelure et sous-vêtements rouges improvisait un boeuf au micro devant une partie de la foule qui dansait. Des manifestants voulaient me serrer la main, un autre entame une conversation absolument apolitique avec moi, d’autres me proposent des barquettes de repas venues des camions prévus pour les ravitailler. Car oui, la plupart mangent et surtout dorment sur place. Ils viennent des campagnes, rentrer chez eux n’est pas une option, ils ont donc emmener de quoi s’installer et pour longtemps. La police était très discrète. A peine quelques CRS assez loin du noyau dur des manifestants. Et on voyait a la télé, le chef de l’armée ou de la police qui venait le matin voir les représentants des chemises rouges, visiblement pour discuter de la meilleure façon d’organiser la sécurité. Pas de heurts, pas de sifflets, les représentants de l’ordre étaient accueillis avec respects et repartaient tranquillement. Ce refus de la violence tant du cote des opposants que du gouvernement m’a toujours impressionné. Difficile d’imaginer pareil situation en France. Déjà  parce qu’une manifestation quelle qu’elle soit sans casseurs, c’est tout simplement impossible.
Mais le tournant crucial que beaucoup redoutaient et qui semblait de plus en plus inévitable vient de ce produire hier avec les premiers affrontements avec la police, la vingtaine de morts annoncée et de nombreux blesses. L’illustration que malheureusement toute opposition même pacifiste finit toujours par verser un sang qui n’est plus un symbole comme celui des premiers jours. La violence comme une fatalité inévitable parvient toujours a se faire un chemin. Dommage, j’avais envie d’y croire. Reste une question: le mouvement va-t-il se radicaliser ? A voir…