La gueule du Dragon, le vélo qui crève et le train de la mort

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Non, je ne suis pas à  une fête foraine mais bien à  Kanchanaburi ( dites bouri à  la fin si vous voulez pas passer pour un farangset ). J’ai mis un peu de temps à  me défaire de la fausse idée qu’ici il y a juste le pont de la rivière Kwaï à  voir. Mais me voilà . Bon c’est vrai qu’à  part le pont la plupart des « attractions » sont à  plusieurs kilomètres, dizaines de kilomètres voire centaines de kilomètres. Bref mieux vaut être véhiculé même si on trouve toujours un bus ou à  défaut un chauffeur prêt à  nous emmener n’importe où moyennant finance. C’est même marqué sur leur pancarte: « Kanchanburi to everywhere ». J’irais bien sur la lune piquer une tête dans la mer de la Tranquilité moi, tiens. A cette époque de l’année, il y fait bon paraît-il…
Je commence ma découverte de la ville à  pieds et me rends jusqu’au fameux pont. Architecturalement parlant, c’est assez quelconque mais c’est évidemment son histoire et le symbole qu’il représente qui sont importants ( cf Le pont de la rivière Kwaï ). Je laisse passer le petit train multicolore façon gay pride qui emmène les touristes dessus pour un petit aller retour de 15 minutes et m’avance sur le tablier d’acier de l’édifice. Oui, c’est un pont ferroviaire. Il y a régulièrement des petites passerelles sur les côtés pour ranger les piétons quand le train passe. Sur l’autre rive à  droite, la haute statue d’un temple chinois dont on achève la construction semble veiller maternellement sur le River Kwaï Bridge. Je vois un pêcheur en bas. Je le rejoins pour faire des photos de cette structure historique, retraverse dans l’autre sens et vais au kiosque de la Police Touristique. Je demande un plan et les horaires des trains de la ligne tristement surnommée Death Railway, train de la mort pour les milliers de morts lors de sa construction dans des conditions affreuses. Je ne vous ferai pas un cours d’histoire ici; pour ceux que ça intéressent, je vous laisse chercher plus d’infos.

Pont riviere kwai

Retour à  pieds à  ma guesthouse, location de vélo et direction le bureau de la TAT ( Autorité Touristique de Thaïlande ) que je vais saoà»ler de questions. J’en ressors avec plein de prospectus mais surtout une carte pour aller voir les quelques temples qui m’intéressent. Le plus éloigné est à  22 km vient-on de me dire. Le plan est assez succinct mais je tente le coup. Après une heure de pédalage, sans mettre jamais trompé de chemin ( faut dire la carte est simpliste mais la route aussi ), me voilà  au premier temple. De prime à  bord, je me dis: « Tout ça pour ça » et suis tenté de poursuivre directement jusqu’au 2e mais je vois un petit stand où me restaurer et décide donc de m’arrêter. En m’approchant, j’aperçois à  flanc de montagne un grand escalier avec au bout une gueule de dragon béante. Et ben, il est intéressant ce temple en fait. Après avoir commandé du « khao pak gab mou » – oui c’est le seul truc que j’arrive à  commander en me faisant comprendre facilement du riz sauté, je fais juste varier la viande – je pars à  l’attaque des marches et elles sont nombreuses. Puis, j’avance dans la bouche du dragon, même pas peur. Encore des marches, beaucoup de marches, et l’intérieur d’un dragon, ça ressemble beaucoup à  la station de métro Abesses en fait, puis une grotte avec le temple à  proprement parlé dedans. J’y brà»le quelques bà¢tons d’encens et fais un don puis j’emprunte le petit escalier de fer qui mène à  l’air libre et à  un chemin fait de marches, encore, des marches toujours des marches, pour arriver au sommet. Tout en haut, il y a rien à  part un drapeau et une vue imprenable sur la rivière.

dragon

On redescend. Vélo, une petite dizaine de kilomètres pour arriver au Wat Tham Sua. Un édifice très imposant qu’on voit de loin, si bien que j’ai cru 10 fois être presque arrivé. A côté il a un petit frère, dont l’entrée est juste en face de la route. Du coup, je rentre dans celui-là , monte un escalier puis deux, puis trois, puis redescends, remonte, là  ça mène nulle part… Bref, j’arrive en haut sur une terrasse d’où il est impossible de passer dans le temple voisin. Y a même un barbelé entre les deux. Ils ont du se brouiller à  un moment et depuis, c’est la guerre. D’ailleurs, elle continue cette guerre. Je croise en descendant des enfants en armes qui jouent à  se tirer dessus en plein dans le temple. Sous le regard d’un bonze impassible. Etonnant… Je dévale les marches, vais vers l’entrée du temple principal et là , bel escalier bien raide que je gravis, ça me fait plus rien maintenant. Ce wat est étonnant. Je n’avais rien vu de pareil en Thaïlande. Il est évidemment démesuré avec notamment son immense bouddha et sa tour conique mais surtout le style architectural ne ressemble à  rien de ce que j’ai vu jusque là  en Thaïlande. C’est un temple chinois. La vue à  presque 360° sur la campagne environnante vaut le détour. Mes mollets semblent du coup ne pas m’en vouloir des efforts que je leur ai imposés. Reste plus qu’à  rentrer. A pédaler, pédaler, pédaler… Oui, je voulais encore voir un autre temple avec une none qui flotte paraît-il mais j’ai peur qu’à  l’heure où j’arrive il ne soit fermé et qu’elle ne flotte plus.

Wat Tham Nua kanchanaburi

Le lendemain, c’est le train train. Enfin, le train de Kanchanaburi à  Namtok. La ligne de chemin de fer de la mort qui devait relier la Thaïlande à  la Birmanie. Dans les guides où sur les dépliants, la photo qui illustre cette ligne est souvent celle de la portion où le train est à  flan de montagne, à  droite, la pente abrupte, à  gauche le vide. Mais ça ne représente qu’une infime partie du parcours. A la gare de Kanchanaburi, je me retrouve rapidement noyé parmi un groupe de scouts qui apparemment ont la même destination finale que moi: Sai Yok Noï. Ils sont tous armés de bà¢tons et certains s’amusent à  me demander en Anglais si je vais bien ou comment je m’appelle. Deux des organisateurs demandent même à  être photographiés avec moi. Je suis une star en Thaïlande, je vous dis ! 😉

Train de la mort Kanchanaburi

Arrivé à  Namtok, une heure plus tard que prévu, je ne m’engouffre pas dans les taxis ou autres transports pour la cascade de Sai Yok Noï, non, monsieur prend son temps et va au restaurant manger du poulet aux noix de cajou. J’explique où je veux aller ensuite, du coup, le père de la famille m’emmène lui-même gratuitement dans sa belle voiture et me donne de précieux conseils pour rentrer en bus. Je dois dire que je m’attendais à  ce qu’il y ait un peu plus à  voir car outre la cascade unique et quelques grottes assez loin, on a vite fait le tour. Par contre, ce qui est sympa c’est qu’on a le droit de grimper et faire trempette dans la chute d’eau. Sauf que j’ai pas pris mon maillot, je ne sais pas pourquoi mais il ne m’est pas venu à  l’idée qu’elle serait accessible à  la baignade. Je trempe que les pieds du coup.

Sai Yok Noi Kanchanaburi

Retour en bus, c’est plus rapide et moins cher et surtout, le dernier train part à  15h30, le dernier bus à  17h…